BERNARD DE MONTARDY

SOLDAT AU 174e REGIMENT D'INFANTERIE

CROIX DE GUERRE

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Marie-Bernard de Montardy né à Poitiers le 2 avril 1897, fut élève du collège Saint-Joseph de 1909 à 1913.

Il était le second fils et le troisième enfant du président de notre association, le frère de notre camarade le lieutenant Joseph de Montardy, et le beau-frère de notre autre camarade le lieutenant Raymond de Sainte-Croix.

Au début de la guerre il désira s'engager. Sur la demande de ses parents il attendit d'avoir dix-huit ans. Il avait hésité sur l'arme à choisir : c'est un sentiment élevé du devoir social, un besoin de se dévouer, d'aller au plus dur, qui le décidèrent pour l'infanterie, et , le 13 juillet 1915, il signa son engagement au 32e d'infanterie.

Au mois de mars 1916, il rejoignit sur le front le 174e régiment d'infanterie qui, après avoir été très éprouvé, était au repos dans la Meuse près de Vaucouleurs. A partir de cette époque, sa correspondance journalière avec sa mère permet de suivre cette courte vie de soldat, toute semblable à celle de tant de héros inconnus dont l'histoire ne sera jamais écrite, qui n'auront reçu aucune récompense mais qui, par leurs souffrances de chaque jour, par leur sang généreusement offert, ont été les plus sûrs artisans de la rédemption de la patrie.

Le 4 avril 1916, son régiment étant encore au repos, Bernard termine sa lettre par ces mots qui peignent bien sa piété toute simple et droite: "Soumettons-nous à la la volonté de Dieu."

Le 28 avril 1916, il écrit: " J'ai reçu le baptème du feu". Et quel feu ! Le régiment était en première ligne en face du fort de Douaumont. C'est là que, le 1er mai, creusant, la nuit une tranchée avançée, à quelques mètres de la première ligne allemande, il fut atteint par une grenade éclatant à ses pides. Cette blessure qui faillit lui coûter la vie le ramena à l'arrière pour quelques jours. Après son congés de convalescence, il retrouva son régiment dans un secteur tranquille de Champagne.

En quittant cette région pour se diriger vers la Somme, à la fin de juin 1916, il eut la bonne fortune de rencontrer son oncle, le commandant de Laage, qui, de cette entrevue, faisait dans une lettre à sa belle-soeur le recit suivant:

...Bernard est bien toujours le même, avec cette différence toute à son avantage d'etre notablement plus grand, plus fort, plus développé physiquement et moralement. Son teint s'est foncé, un brin de moustache lui est venu, son regard est plus ferme, plus assuré, sans cesser d'être clair et limpide. C'est tout ce qu'il a gardé de l'enfant qu'il était avant guerre. Maintenant il donne l'impression d'etre un vrai soldat, solide, énergique, bien trempé... En causant avec ce brave enfant, j'ai été très profondément touché de son esprit de sacrifice, de son courage simple et modeste que les épreuves, les dangers et les fatigues de la guerre n'ont pas ébranlé. Il fait tout ce qu'il peut du mieux qu'il peut, sans chercher d'autre récompense que le témoignage de sa conscience, sans même se douter de ce que son endurance a d'admirable.

Le 5 août 1916, Bernard écrit:

Nous montons ce soir, soyer sûre que votre fils fera son devoir jusqu'au bout... Je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi jusqu'à ce jour.

Le 14 août 1916: Vous avez pu voir, par le communiqué d'hier, que nous ne restons pas inactifs.

Après quelques jours de repos, le 7 septembre, le régiment était encore une fois en ligne pour prononcer de nouvelles attaques, et il participa aux avances relatées dans le communiqué du 12 septembre.

A la fin de septembre, le 174e quitta la Somme et, le 12 octobre,Bernard peut écrire:

Je me trouve au repos, mais en ligne dans un secteur calme, près de Pont-à-Mousson...Mon commandant de compagnie a été blessé la première fois que nous sommes montés dans la Somme, les sous-lieutenants ont été tués.

Le dur hiver de 1917 se passa pour Bernard, en Lorraine, et au printemps, il s'achemina vers la Champagne ou la mort  l'attendait. Aucun pressentiment ne transpire dans ses dernières lettres, il était sans doute familiarisé avec le danger. Le 27 avril, il ecrit: " Nous montons" et le 3 mai , dans une lettre qui devait etre la dernière:" Rien à signaler".

Son régiment occupait alors les tranchées dans le secteur du Godat, face à Bermicourt, non loin du fort de Brimont, au nord-ouest de Reims. Là les Français avaient, le 16 avril, accompli une notable avance, en partie reperdue, et le terrain était toujours chaudement disputé.

C'est le 4 mai qu'eut lieu l'attaque pendant laquelle Bernard trouva la mort. Son bataillon sortit de la tranchée à 6 heures et demie du matin. Asssaillis par un bombardement infernal, les hommes se refugièrent dans des trous d'obus. Ayant un pli à porter à son capitaine, Bernard voulut, dans un instant d'accalmie, sortir du trou d'obus ou il était.

Une balle lui traversa le front et il retomba sans une plainte.

Le soldat Baudry, étant à l'hopital, a pu donner ce renseignement précis à la famille. Il a rajouté:

C'était comme un frère pour moi, il y avait un an que nous étions ensemble. Cétait un brave, il n'avait peur de rien, il ne craignait rien, et un si bon camarade ! Avec lui on était en sureté.

De son côté, le Lieutenant-Colonel commandant le 174e régiment d'infanterie, s'adressant à M. de Montardy, rendait hommage en ces termes à la mémoire du soldat qui servait dans ce régiment depuis quatorze mois:

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint un extrait de la citation à l'ordre du régiment en faveur de votre fils Bernard de Montardy.

Brave et courageux soldat dont la conduite était irréprochable, il était estimé et aimé de tous, camarades et chefs.

Je suis heureux de vous exprimer ici toute mon admiration pour son beau courage et je vous prie d'agéer l'expression de mes bien vives et attristées codoléances

Signé: DUBROCA.

Ordre du régiment n°53

167e division infanterie divisionnaire, 174e régiment d'infanterie

Le Lieutenant-Colonel DUBROCA, commandant le 174e R.I., cite à l'ordre du régiment, de Montardy Maire Bernard, soldat au 174e R.I., 9e Cie.

Soldat calme et courageux qui a toujours fait brillament son devoir. Pendant l'attaque du 4 mai 1917 n'a pas hésité à traverser un feu violent de mitrailleuses pour transmettre un ordre à son capitaine. Tombé glorieusement en accomplissant sa mission.

Pour conclure, rapprochons du jugement porté sur Bernard par son chef militaire ces quelques lignes adressées à son père par un de ses anciens maîtres:

Toujours prêt à s'oublier pour faire plaisir aux autres, combie il aurait fait d'heureux autour de lui s'il avait vécu. Dieu, et sans doute aussi sa conscience, en ont disposé autrement! Bernard a voulu faire notablement son devoir, et, en peu de temps, il a parcouru une glorieuse et longue carrière................................................................................................. Avec vous, Monsieur, je pleure et j'admire notre héros dont le courage et le mort honorent sa famille et son école, avec vous j'espère que Dieu lui a déjà donné, en échange des radieuses espérances qu'il a sacrifiées à sa haute conception et à son amour du devoir, les saintes et ineffables joies du paradis.

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