OPERATION du BERNHARDT-STEIN Avril 1918
OPERATION du BERNHARDT-STEIN Avril 1918
I - PREPARATION de la RECONNAISSANCE. -
La destruction du BERNHARDT-STEIN par l'artillerie et la reconnaissance consécutive d'infanterie sont d'abord fixées au 30 avril, dans la soirée.
La préparation de l'action d'infanterie est soigneusement menée pendant les journées précédentes : reconnaissances personnelles sur le terrain du Commandant du C.R. La CUDE, du Lt-Colonel Cdt le S/-Secteur, du S/-Lieutenant de VILLENEUVE, des cadres de la VOSGIENNE - réunion par le Lt-Colonel des officiers et cadres du détachement d'assaut aux GRANDS GENETS, pour une causerie et une étude en commun du dispositif à adopter, des précautions à prendre, des mouvements à exécuter - répéti- tion aux GRANDS GENETS de l'action du groupe d'attaque - études au P.C. La CUDE et sur le terrain, avec le Cdt du C.R. CUDE et le S/-Lieutenant de VILLENEUVE des phases successives de l'opération, de l'appui des G.C. voisins, des réserves disponibles du C.R. pour le cas où elles auraient à intervenir - établissement des liaisons - mesures de sécurité à prendre au C.R. VIOLU, etc....... La liaison avec l'artillerie est très étroite.
Tout semble parfaitement au point le 29 avril dans l'après-midi.
II - L'ACTION DANS LA NUIT du 29 au 30 AVRIL et le 30 AVRIL.
Le 29 avril, le Lt-Colonel Cdt le S/-Secteur envoie au S/-Lieut. de VILLENEUVE, sous le N° 726/S, l'ordre suivant : "Conformément aux dispositions arrêtées précédemment, vous relèverez ce soir au G.C. ALAIS (REGNAULT No 6) les éléments du 3° bataillon qui en forment actuellement la garnison - moins une escouade commandée par 1 sous-officier qui aura la charge de la garde du G.C. pendant l'opération d'infanterie. "Afin de diminuer l'encombrement du G.C. ALAIS pendant la journée du jour J., la 1/2 section du 3° Btn destinée à la garde du G.C. viendra habiter les abris de bombardement durant la nuit de J - I à J et la journée de J, jusqu'à l'heure H. Pendant ce laps de temps ou plutôt jusqu'à H - 3.45, la garnison du G.C. ALAIS sera fournie par les éléments de la VOSGIENNE. "Pendant la matinée du jour J., le S/-Lieut. de VILLENEUVE fera reconnaître par ses gradés et ses hommes le terrain sur lequel ils doivent opérer. "Bien entendu, il faudra montrer un peu de discrétion, une méthode peut consister à remplacer souvent les guetteurs.
"Vous réglerez votre mouvement de façon à arriver à La CUDE, P.C. du Commandant, vers 20 heures. Vous y stationnerez quelques instants pour faire reposer vos hommes et prendre les instructions spéciales que pourrait avoir à vous donner le Cdt du C.R. La CUDE. "Bien entendu, en montant ce soir au G.C. ALAIS vous aurez avec vous tout votre matériel : grenades, charges, armes, cartouches, etc... Il ne devra plus y avoir de mouvements le jour J. dans le boyau REGNAULT pour aller se compléter.
"En résumé, il faut toute la nuit de J - I à J, et la partie du jour J. jusqu'à l'heure H. un calme absolu dans le secteur de votre G.C. Vous comprenez comme moi l'importance de cette précaution - il faut vouloir l'obtenir !"
Le détachement de VILLENEUVE quitte les GRANDS GENETS à 18 h.30, et l'Officier prend en passant au P.C. BRIAL les dernières instructions du Lt-Colonel.
A 20 heures, arrivée à La CUDE : distribution des munitions et grenades ; l'armement est complété.
A 20 h.30, par les boyaux SERVANT et REGNAULT, le groupe gagne le G.C. ALAIS pour y tenir garnison ; il relève sans incidents l'élément du 174° qui l'occupe. Celui-ci laisse une escouade avec un sous-officier pour tenir le G.C. pendant la sortie de la VOSGIENNE.
Peu après l'arrivée du détachement à ALAIS, le S/Lieut. de VILLENEUVE envoie ses pionniers, couverts par une patrouille de 6 hommes commandée par le sergent BERTHET, pour pratiquer la brèche dans nos propres réseaux. La nuit est tellement noire et la pluie tellement violente qu'on doit surseoir à l'opération.
Celle-ci est reprise à 0 h.30. Vers 1 heure, alors qu'on procède au déblaiement du boyau qui communique avec l'ancien P.P. 45, boyau encombré de chevaux de frise, d'oursins, etc..., une patrouille allemande, en embuscade dans un de nos anciens petits postes, attaque à la grenade nos travailleurs.
Notre patrouille de couverture riposte immédiatement. Nous avons un tué, le soldat Le SCOUARNEC, un sergent très grièvement blessé (sergent BERTHET), trois blessés moyens et trois blessés légers. Ces derniers ne sont pas évacués.
Le S/-Lieut. de VILLENEUVE fait cesser le travail à la brèche.
Il adresse aussitôt au Lt-Colonel un compte-rendu qui parvient au P.C. BRIAL à 4 h.30 et il demande en même temps ce qu'il doit faire.
Le Lt-Colonel envoie à 4 h.45 l'Officier de renseignements au G.C. ALAIS pour enquêter sur les événements de la nuit et il répond au S/-Lieut. de VILLENEUVE à 4 h.50, par la note suivante (N° 736/S) :
"C'est évidemment un accident très ennuyeux. Il ne s'ensuit pas que la brèche soit connue du boche, il a pu très bien prendre votre détachement pour une patrouille fonctionnant parallèlement à la sienne.
"En somme, dans l'effectif composant votre détachement agissant, vous n'avez perdu que le sergent BERTHET et 2 hommes.
"Je comprends que la blessure du sergent vous désorganise un peu - en tout cas, rien ne peut se modifier maintenant sur les prévisions. Modifiez vos effectifs de colonnes en conséquence et agissez ainsi qu'il a été convenu."
Quelques instants après l'attaque des pionniers et le retour du détachement au G.C., un tir d'artillerie de petit calibre extrêmement violent, accompagné de petits minens et de mitrailleuses du CHATEAU de FETE, s'abat sur le G.C. ALAIS. Le groupe de la VOSGIENNE évacue immédiatement le G.C. conformément aux consignes.
Le tir ayant été de courte durée, le S/-Lieut. de VILLENEUVE prescrit la réoccupation du G.C.
Vers 4 h.30, une 2ème rafale de canon & de mitrailleuse tombe sur le même point. Même manœuvre d'évacuation.
Ces allées et venues, sous une pluie torrentielle, jointes à l'émotion causée par la sensation que l'affaire est éventée, mettent Officiers, gradés et hommes dans un état de nervosité extrême.
C'est à 7 heures que le Lt-Colonel commandant reçoit le compte-rendu du Lieut. de VILLENEUVE. Comme tout s'est calmé, il prescrit la réoccupation définitive du G.C. ALAIS - Note 740/S dont teneur ci-dessous :
"Maintenant que le calme est revenu, il faut reprendre la mission telle que je l'ai définie dans mon ordre dernier.
"Vous me dites que la brèche que vous deviez faire n'est pas terminée. Je vois moi-même le Capitaine 'crapouillot' afin de faire détruire nos propres fils de fer par les 58. Nous en avons assez pour assurer les deux destructions. Si vous pouvez me donner quelques renseignements sur l'endroit qui vous paraît le plus propice pour pratiquer cette brèche, dites-le moi au plus tôt. Je ferai les reconnaissances préalables.
"Vous avez eu cette nuit un accident très ennuyeux, c'est entendu, mais ne vous démontez pas pour cela. A la guerre il faut compter avec les difficultés nombreuses. Je ne doute pas que vous arriviez à les vaincre."
A 7 heures 1/2, l'Officier de renseignements ayant accompli sa mission, remet au Lt-Colonel le compte-rendu suivant :
"1 sergent (BERTHET) et 15 hommes (pionniers et couverture compris) sont sortis à 22 heures avec mission de pratiquer la brèche dans nos réseaux. Revenus immédiatement en raison de l'obscurité complète. Repartis à 0 h.15, ont commencé à cisailler nos fils de fer en avançant vers ancien P.P. 45 (P.D. I/5.000). Avant d'arriver à ce dernier point, la fraction de couverture (le sergent et 6 hommes) qui se trouvait dans un entonnoir de minen a reçu des grenades d'un poste ennemi établi dans l'ancien P.P. 45. Le sergent fut blessé grièvement à la jambe, 3 de ses hommes également et les 3 autres légèrement. Le petit poste boche s'est replié ensuite.
"Ainsi découverts, les nôtres n'ont pu continuer la brèche commencée : elle n'est donc pas terminée à l'heure actuelle.
"Le G.C. ALAIS fut ensuite évacué à deux reprises différentes :
1°- à 4 h.15 l'ennemi déclenche un barrage "double", à l'Est du G.C. et parallèlement à nos lignes d'une part, et dans le RAVIN de La CUDE, direction N-S. d'autre part. Durée : 7 à 8 minutes.
2°- à 4 h.45, à la suite d'un départ isolé de minen ennemi, un encagement très serré du G.C. par minens et obus de petit calibre. Tirs de mitrailleuses du CHATEAU de FETE enfilant boyaux ROTONDE et SERVANT (1 homme blessé par balle au genou dans boyau ROTONDE en évacuant le G.C.). Durée : 10 minutes. A remarquer que ces 2 derniers boyaux (les seuls qui existent en cas de repli) sont presque rendus inutilisables à la suite de l'orage de la nuit, les pare-éclats en caisses sont éboulés en beaucoup d'endroits, la pression des terres a rapproché les grillages et ne permet plus que le passage d'un homme de côté seulement. Eboulements très nombreux, etc...
"Le sergent BERTHET, blessé grièvement, commandait une des 2 colonnes devant participer à l'opération. Ayant beaucoup d'ascendant sur ses hommes (20 volontaires l'avaient suivi), sa perte est très préjudiciable au succès de l'entreprise.
"L'ennemi est alerté et veille en face.
"Les hommes de la VOSGIENNE sont trempés, fatigués et sentent que le boche les a éventés.
"Le S/-Lieut. de VILLENEUVE estime que sa troupe n'est plus moralement et physiquement en état de faire du bon travail quant à présent."
Le Lt-Colonel, devant cette situation particulière, demande au Colonel commandant le Groupement Nord de venir à BRIAL pour le mettre au courant. Il a avec lui un entretien ; les résolutions prises sont sanctionnées à 12 h. par le message chiffré "ORDRE SUIT", émanant de l'Etat-Major COQ et signifiant : Opération remise.
Vers 10 heures, un coup de téléphone annonce que des torpilles toxiques sont lancées sur le G.C. ALAIS, que le S/-Lt. de VILLENEUVE et plusieurs de ses hommes sont intoxiqués. Le Lt-Colonel, accompagné du Médecin-Chef se transporte immédiatement à La CUDE.
De l'examen des hommes descendus, examen pratiqué par le Médecin-Chef et le Médecin du 3° bataillon, il résulte qu'il n'y a pas d'intoxication, mais qu'un obus de gros calibre, tombé dans le voisinage du G.C. a provoqué des vomissements et incommodé plusieurs hommes. Les Médecins constatent également une tension nerveuse extrême ; mais aucun des soldats examinés n'est évacué : 3 passent la journée à l'infirmerie, les autres sont dirigés sur le G.C. ALAIS.
Le S/-Lt. de VILLENEUVE n'a pas quitté le G.C. et a conservé le commandement de sa troupe.
L'impression personnelle, résultat des constatations faites sur place, est la suivante :
Les hommes ont été très impressionnés par la possibilité d'un échec ; les allées et venues, amenées par l'évacuation et la réoccupation du G.C. sous une pluie torrentielle, ont fatigué chefs et soldats qui sont gelés et claquent des dents ; la nervosité est encore accrue par le vomissement de quelques-uns d'entre eux à la suite de l'éclatement d'un obus à petite distance. Tout cela met la troupe dans un état d'infériorité tel qu'il ne faut pas songer la faire attaquer dans la journée.
Le Lt-Colonel donne alors au Cdt du C.R. CUDE et au S/-Lt de VILLENEUVE l'ordre suivant, N° 742/S :
"L'opération prévue pour aujourd'hui est retardée de 24 heures. Les éléments de la VOSGIENNE resteront cantonnés à La CUDE.
"La reconstitution des cadres sera assurée par le Lt-Colonel sur les éléments disponibles de la Cie de réserve de La CUDE.
"La garde du G.C. ALAIS sera assurée aujourd'hui et demain par une 1/2 section de la Cie du P.A. REGNAULT.
"L'autre 1/2 section de l'ancienne section de garde au G.C. ALAIS se rendra aux abris de bombardement F. et sera spécialement chargée de la garde des crapouillots - de jour et de nuit, en surplus du personnel servant ces pièces. Le commandement sera assuré par le Cdt de la 1/2 section du 174°.
"Le Cdt de la Cie du P.A. REGNAULT s'assurera personnellement de l'exécution de ces ordres et rendra compte des dispositions prises.
"La relève des éléments de garde du G.C. ALAIS par les éléments de la VOSGIENNE se fera demain dans la journée, suivant des ordres qui parviendront ultérieurement."
A 13 heures, le Lt-Colonel se rend au P.C. La CUDE ; il y réunit le Cdt du C.R., les S/-Lts CULAN et de VILLENEUVE, et il reconstitue les cadres du détachement. L'Aspirant HUMBERT, de la C.M.3/174 se présente comme volontaire pour remplacer le sergent BERTHET. Des ordres sont donnés pour la nourriture des hommes de la Cie VOSGIENNE, le séchage des effets, etc.., et le Lt-Colonel peut adresser au Colonel Cdt le Groupement Nord, le compte-rendu suivant, N° 745/S du 30 avril :
"Conformément à vos ordres, les éléments de la VOSGIENNE sont descendus ce soir de la 1ère ligne, au P.C. La CUDE. Le mouvement était terminé à 14 h.30.
"La fatigue nerveuse des chefs et des hommes était réelle, mais je crois pouvoir dire que le repos de la 1/2 journée et de la nuit les remettra complètement.
"Les intoxications annoncées étaient extrêmement légères ; elles ne sont pas dues à des obus asphyxiants mais à l'éclatement proche d'un gros obus qui a commotionné un sergent très violemment et a indisposé quelques hommes qui ont maintenant repris leur place dans le rang.
"Le gros ennemi de cette nuit a été la pluie torrentielle de l'orage. Les hommes étaient trempés et grelottaient de froid. De plus, une source qui s'est révélée dans ALAIS a inondé en partie l'abri et a rendu la situation plus pénible encore.
"Les cadres Officiers restent au complet. Le S/-Lt. de VILLENEUVE, très fatigué, conserve néanmoins une belle confiance, son camarade le S/-Lt RENARD est moins fatigué. Demain, après une nuit de repos, tout sera en ordre.
"Je remplace le sergent grièvement blessé et qui commandait la colonne de droite par l'Aspirant HUMBERT du 174°, volontaire pour l'affaire.
"Demain matin, je serai à La CUDE afin de mettre au point toutes les dernières questions de détail.
"Toutes les mesures ont été prises pour assurer une nourriture chaude, du feu pour le séchage des effets, un cantonnement suffisant.
"J'ai interdit de continuer cette nuit la brèche commencée dans nos réseaux, afin de ne pas attirer une nouvelle fois l'attention du boche. J'ai vu le Capitaine des "crapouillots" et, avec les moyens dont il dispose, il me donnera la brèche que je lui demande dans nos réseaux comme dans les réseaux ennemis.
"J'ai fait tendre une embuscade à l'endroit où nous avons cessé cette nuit le travail dans nos fils de fer, peut-être aurons-nous la chance de pincer quelqu'un.
"Ce soir les artilleurs ennemis ont copieusement arrosé la route du MEZE à 907 - du MERLE à La CUDE - le COLLET de La CUDE - la route de BREHAINGOUTTE, avec du gros calibre. J'ai répondu énergiquement par une représaille sur le VIOLU avec les seuls moyens du secteur."
Vers 18 heures, le Lt-Colonel voit le Capitaine SAUCÈDE, Cdt le groupe d'A.T. et règle avec lui l'exécution des brèches dans nos propres réseaux.
Le 30 avril au soir, le détachement de la VOSGIENNE reste à La CUDE ; le service normal de garde est repris dans le C.R. Une 1/2 section du P.A. REGNAULT reste aux abris F. auprès des "crapouillots" pour en assurer la garde.
La nuit du 30 avril au 1° mai est calme.
III - L'OPERATION du Ier MAI.
I°- Le 1° mai au matin, le Lt-Colonel se rend à La CUDE. Il réunit une fois encore les Officiers de la VOSGIENNE, reprend avec eux et avec les cadres l'étude de l'opération et donne à chacun les dernières instructions. Les détails sont revus et chacun semble bien pénétré du rôle qu'il doit jouer.
A son retour au P.C. BRIAL, il trouve confirmation du jour J. et de l'heure H. et il envoie alors au S/-Lt de VILLENEUVE et au Cdt du C.R. l'ordre suivant, n° 747/S du 1° mai :
"I- Le détachement de la VOSGIENNE quittera La CUDE aujourd'hui à 14 heures, en petites fractions échelonnées à grande distance, pour aller occuper les abris F., où il restera jusqu'à l'heure H. (18 heures) conformément aux ordres donnés antérieurement.
"Itinéraire : Boyaux SERVANT et REGNAULT.
"3 escouades du G.C. ALAIS quitteront cet emplacement à midi 30' pour regagner La CUDE, ne laissant au G.C. que l'escouade commandée par le S/-officier qui doit assurer la garde du G.C. pendant l'incursion de la VOSGIENNE. Mouvement fait par petites fractions, largement échelonnées.
"Même mouvement pour la fraction de garde aux crapouillots.
"En opérant ainsi on évitera le croisement dans le boyau des éléments montants et des éléments descendants.
"A 14 h.15, l'escouade de garde au G.C. ALAIS rejoindra les abris F. qu'elle partagera avec la VOSGIENNE.
"A l'heure H., les éléments de la VOSGIENNE se mettront en route pour le G.C. ALAIS dans l'ordre :
-
colonne de l'Aspirant HUMBERT ;
-
du S/-Lt de VILLENEUVE ;
-
du S/-Lt RENARD ;
-
gardes-brèches ;
-
escouade de garde, avec le sous-officier en queue.
"Echelonnement en profondeur par petits paquets - allure vive.
"A l'heure H + 5 minutes, débouché des éléments de la VOSGIENNE. Mise en place de l'escouade de garde.
"III- Après l'incursion, la VOSGIENNE reviendra dans ses abris de bombardement. La garde du G.C. sera assurée par l'escouade du 3° bataillon plus les gardes-brèches et le sergent.
"La consigne de cette garde reste toujours celle des G.C.
"Pour le reste du mouvement se conformer aux ordres donnés pour l'affaire du 30.
"Dès que la réaction ennemie aura diminué et que le calme relatif sera venu, le Capitaine Cdt provt le 3° btn fera reprendre par sa troupe la garde du G.C. ALAIS (1 section), la garde des crapouillots dans les abris F. (1/2 section). Le mouvement terminé il rendra compte par téléphone à BRIAL.
"La VOSGIENNE passera la nuit du 1° au 2 au cantonnement de la CUDE.
"Je rappelle que, aussitôt la rentrée de la troupe d'assaut, le S/-Lt de VILLENEUVE doit venir au P.C. du Lt-Colonel rendre compte."
Cet ordre est exécuté sans incidents et tout le monde est en place à 14 h.30.
Quelques hommes partent vers la sape voisine du G.C. où on a porté le S/-Lieutenant RENARD, d'autres retournent aux abris F.
Le S/-Lt de VILLENEUVE, commandant le détachement, n'a bientôt plus autour de lui que l'Aspirant HUMBERT, 1 sergent, 4 caporaux et 18 hommes. Il fait rappeler les autres, mais ne voulant pas prolonger cette hésitation qui a déjà trop duré, il part résolument avec le petit groupe qu'il rassemble.
Entre notre ligne et la 1ère ligne ennemie, le terrain est bouleversé, mais le groupe passe. Il se heurte à de nouveaux obstacles devant le réseau ennemi. Celui-ci est constitué par un ensemble de chevaux de frise enchevêtrés formant une solide muraille de gros fils barbelés ; il y a quelques brèches, mais pas assez larges et nettes pour qu'on puisse les franchir sans hésitation. Des grenades ennemies, à manche, sont posées çà et là, dans le réseau, leur détonateur est relié à une ficelle qui doit provoquer le départ si on la heurte. Les brèches sont franchies tout de même et le groupe entre dans la position ennemie.
Arrivé dans les lignes ennemies, le groupe, qui comprend des éléments de chacune des colonnes qui devaient agir, est dirigé par petits paquets à droite et à gauche sur les itinéraires à suivre. Le S/-Lt de VILLENEUVE reste au centre avec les sapeurs du Génie et dirige à la voix le groupe de gauche.
Le groupe de droite (Aspirant HUMBERT) fouille les abris des mitrailleuses M.I. - M.2. ; ils sont très abîmés. Le créneau de M.I. est cependant intact ; il est sensiblement dirigé vers la ROTONDE. Mais rien n'existe dans ces emplacements qui paraissent inoccupés depuis longtemps. L'Aspirant HUMBERT aperçoit des débris de plaque blindée pour guetteur, une vieille toile de tente à moitié enfouie dans le sol : pas d'autres vestiges d'occupation.
Le groupe de gauche visite les abris B, B', B" qui sont intacts ; les 2 premiers sont des sapes boisées, le 3ème est un blockhaus bétonné. Rien n'existe à l'intérieur. Les sapeurs du génie les font sauter sur l'ordre du S/-Lt de VILLENEUVE.
L'incursion est continuée jusqu'à la ligne portée sur le croquis ci-joint. Le terrain est bouleversé, la marche est dure et le brouillard épais qui enveloppe les exécutants rend difficile leur action.
Aucun minen n'est retrouvé, aucun emplacement n'est découvert.
A 18 h.35, le chef de détachement donne le signal de rentrée. Le groupe regagne nos lignes. Il ne ramène que 2 grenades, seul butin trouvé dans ce bouleversement des positions ennemies.
L'impression des exécutants est nette : - ou la position n'est pas occupée ordinairement, ou elle a été évacuée minutieusement avant notre attaque. Elle confirme d'ailleurs l'impression que l'on avait déjà : toute la vie du BERNHARD-STEIN est concentrée dans la tranchée du UHLAN et en arrière.
4°- Les pertes sont insignifiantes : un blessé, artilleur de tranchée, peu grave - un blessé grave au VIOLU, de la C.M.I./174, pour les éléments étrangers au groupe de la VOSGIENNE. Dans ce dernier : le S/-Lt RENARD est fortement contusionné, mais il n'est pas évacué et son état est satisfaisant - 6 hommes sont légèrement blessés ou contusionnés.
5° - A 19 heures, la section 1/2 garde du G.C. ALAIS relève la VOSGIENNE qui rentre à La CUDE. Le S/-Lieut. de VILLENEUVE vient rendre compte au Cdt. du S/-Secteur.
- APRES L'OPERATION -
En prévision d'une riposte ennemie, le Lt-Colonel envoie à 20 heures l'ordre suivant, N° 749/S :
"Pendant toute la nuit du 1° au 2 mai, la troupe sera en position de demi-alerte, c'est-à-dire qu'en plus de l'effectif ordinaire des G.C. qui est alerté, la moitié des effectifs de réserve sera alertée aussi. Ceci ne veut pas dire qu'on quittera les abris, les Chefs et la troupe doivent être prêts à intervenir au premier signal.
"Le C.R. La CUDE reprendra le service normal tel qu'il était hier soir, c'est-à-dire 1 section à ALAIS et 1/2 section aux abris F. chargée de la garde des crapouillots.
"Le Lt-Colonel rappelle qu'à 22 heures un tir de 200 torpilles toxiques a lieu sur la PIERRE BERNHARD. Le masque sera mis à ARRAS, ALAIS, ALBI, AIX et ARLES et porté au cou par tous les éléments du P.A. REGNAULT.
"M.M. les Cdts de C.R. enverront, même "néant", un compte-rendu téléphonique à 23 h.30."
Mais la nuit du 1° au 2 mai est très calme ; il n'y a aucune réaction ennemie.
Le tir de bombes toxiques est exécuté à 22 h. et dure jusqu'à 22 h.30 ; aucun accident à signaler.
A 21 h.20, le Lt-Colonel reçoit un message chiffré lui donnant l'ordre de faire la même nuit, avec deux sections du 174°, une incursion dans le BERNHARD-STEIN et le LABYRINTHE boche, pour essayer de prendre des travailleurs - et de préparer pour le lendemain 2 mai, une nouvelle incursion de la Cie VOSGIENNE au BERNHARD-STEIN, sous la protection d'un encagement serré.
Ordre est envoyé aux deux Cdts de C.R. de tendre l'embuscade prescrite, dans la 2ème moitié de la nuit parce que le danger de nos bombes toxiques est passé et que la nuit est plus claire à ce moment.
Les deux embuscades sont exécutées, mais elles ne perçoivent aucun bruit et elles rentrent au petit jour avec l'impression nette que l'ennemi n'a pas essayé, dans la nuit, de venir réparer les dégâts que nous lui avons causés.
La matinée du 2 mai se passe aussi dans le calme le plus complet. Elle est consacrée par le Lt-Colonel à la préparation de l'action d'infanterie qui est fixée en principe au 3 mai, vers 3 heures du matin, action dont les bases posées dans la lettre N° 729/OP adressée au Lt-Colonel AUDIBERT sont confirmées et précisées dans l'ordre préparatoire ci-joint.
Ci-joint tableau des renseignements reçus, des ordres et comptes-rendus envoyés au cours de l'action.
Le Lt-Colonel DELACROIX, Cdt le S/-Secteur A.